Le MOA-AD : Un effort de paix sincère à Mindanao, ou un complot pour la survie de Gloria Macapagal-Arroyo (GMA) ?

RMP-M, Parti Ouvrier Révolutionnaire-Mindanao, section de la 4e internationale (QI)

lundi 13 octobre 2008 par Antoine

Juste après les conséquences du typhon « Franck », alors que les communautés affectées commençaient à peine à retrouver leurs maisons, la situation dans le centre de Mindanao a pu être comparée à un volcan en voie d’erruption fin juin. En plus du désastre naturel, comme tous les citoyens, la population de Mindanao a aussi été touchée par la double crise de la pénurie de nourriture et de l’élévation du prix du pétrole. Des groupes locaux de combattants du MILF ont aussi fait leur apparition dans plusieurs endroits pour faire pression sur les négociations de paix entre GRP et MILF, qui avançaient à vitesse d’escargot.

Quand les discussions exploratoires ont enfin commencé entre les deux parties, le danger de les voir s’interrompre était présent, en particulier car la partie gouvernementale avec ses avancées et reculs semblait en fait vouloir tester la patience du MILF. De fait les discussions étaient sur le point de rompre quelques jours avant le discours sur l’état de la nation de GMA. N’ayant rien à offrir car la légitimité de sa présidence est constemment contestée, le processus de paix à Mindanao semblait destiné à être l’aboutissement de son mandat et l’élément essentiel de son discours sur l’état de la nation, ainsi, la signature du « Memorandum d’accord sur les territoires ancestraux » a été effectuée dans la hâte, le jour précédent son discours sur l’état de la nation ( SONA).

La signature finale ayant eu lieu le 5 août.

Avant le SONA, des tensions sont aussi apparues à l’occasion d’affrontements entre des groupes armés du MILF et des Civilian Volunteer Organizations (CVO) qui ont été attribués à des spéculations et des hypothèses relatives au Memorandum d’accord sur les territoires ancestraux (MoA-AD) qui définit les bases, le territoire, le gouvernement et les lois du projet de Bansamoro Juridical Entity (BJE).

L’emploi de tactiques « Diviser pour régner »

Les représentants politiques locaux, en particulier au Nord Cotabato, se sont montrés inflexibles afin de connaître le contenu du Moa et déjà ont protesté contre le fait d’être intégrés au territoire Bangsamoro sans consultation préalable. L’insécurité était si palpable que lors d’un rendez-vous avec le général Hermogenes Esperon, porte parole de la Présidence sur le processus de Paix, le maire d’Aleosan, bien que ses administrés souffraient encore des effets du typhon Franck, demanda des armes au gouvernement au lieu de nourriture. La réponse du général Esperon fut de refuser la requête au motif que le gouvernement n’avait pas de budget pour cela. La conséquence en fut que quelques responsables gouvernementaux du Nord Cotabato commencèrent à encourager les entraînements militaires des CVO afin que des civils soient armés.

La tension montait d’un cran quand le MOA-AD fut signé à Kuala Lumpur, Malaysie, contradisant les espoirs que sa signature aurait diminué, voire stoppé les escarmouches. Des politiciens locaux, dont le plus important, le Vice Gouverneur Manuel Piñol du Nord Cotabato, ainsi que Celso Lobregat de Zambanga City, rejoints par la suite par Lawrence Cruz d’Iligan City, attaquèrent publiquement les clauses secrètes de du MOA-AD, sur les question territoriales, car l’accord inclut le Nord Cotabato, Zamboanga City et Iligan dans les zones d’expansion. Mettant au défi le gouvernement et le MILF de rendre les discussions transparentes, ils portèrent le cas devant la cour suprême. Celle-ci répondit en leur faveur le 4 août 2008, le jour précédent la signature formelle du MOA-AD à Kuala Lumpur, émettant une ordonnance restrictive (TRO), qui de fait paralysait le MOA.

Mesures calculées

GMA lors d’une visite à Mindanao pour montrer sa sympathie aux victimes du typhon Franck, fit un détour par Maguindanao pour demander personnellement aux habitants d’Amapatuan de repousser les élections de la région autonome des musulmans de Mindanao ( Autonomous Region in Muslim Mindanao, abrégé : ARMM). Ceci pour ,dit-elle, répondre à la demande du MILF qu’ aucune élection à l’ARMM ne soit faite afin de permettre une transition douce quand le BJE sera finallement instauré après la signature d’un accord complet de paix ( Comprehensive Peace Pact) l’année prochaine. Les habitants d’Ampatuan acceptèrent volontiers. Même si les élections étaient reportées, ils n’ont rien à perdre et leur signature sera juste suspendue.

L’accord pour reporter les élections de l’ARMM fut aussitôt transmis par des députés Moro alliés à l’Adminstration à la chambre des représentants, répétant les déclarations de leurs maîtres que cette mesure appuyait le processus de paix à Mindanao et qu’elle était soutenue par les autres membres de la majorité des députés. Le sénat, cependant, refusa de soutenir le projet de loi d’amendement de la charte de l’ARMM permettant de repousser les élections. En conséquence, le sénat fut blâmé quand les élections ont été votée, ce qui est un bon point pour l’administration dans son cinéma.

Juste avant la parution du TRO, par des fuites, des copies du MOA avaient déjà eté remises à des généraux en retraite, des politiciens locaux et des médias. C’était calculé pour provoquer des réactions populaires en particulier chez les leaders chrétiens de Mindanao qui refusent d’être intégrés dans le territoire Bangsamoro. C’était aussi fait pour révolter les capitalistes locaux et même le citoyen ordinaire, qui commençait à faire des siennes, sincèrement indigné de n’avoir pas été consulté. L’administration de GMA virait en faveur des seigneurs de la guerre, des politiciens locaux afin de créer le chaos qui s’opposerait au BJE (Bangsamoro Juridical Entity) ce qui est effectivement arrivé avec des tensions armées qui sont apparues avant tout dans le Nord Cotabato mais aussi dans d’autres zones où des civils commençaient à s’armer à l’appel des responsables gouvernementaux locaux. Tout était mis en place pour exiter la colère des chrétiens contre les musulmans (Moros).

Les civils qui ont rejoint la lutte armée dans les CVO sont même amené à penser qu’aucune aide militaire ne leur sera donnée par le gouvernement comme c’est arrivé dans le Nord Cotabato. C’est bien entendu organisé pour forcer les civils à s’armer eux mêmes pour se protéger et afin d’attiser la colère et le trouble dans la population. Ceci entraîne une situation chaotique et de l’insécurité chez les gens comme ce qui arrive actuellement avec les affrontements armés dans les provinces de Lanao del Norte et Sarangani.

Même la réponse du pouvoir judiciaire a été calculée par GMA et ses affidés dans l’adminsitration. Elle peut continuer de se présenter comme sincèrement engagée dans les pourparlers de paix avec le MILF mais en réalité, comme pour le report des élections à l’ARMM dont elle rendu le sénat responsable, cette fois c’est le pouvoir judiciaire qui interdit au gouvernement de signer le MOA.

A présent les Ampatuans et les autres politiciens traditionnels Moros sont de nouveau bien en place par le ARMM ( Région musulmane autonome) après avoir gagné de justes élections, l’Administration peut se reposer, assurée que même sans lever le petit doigt ;, que comme l’autre élite, les politiciens traditionnels chrétiens, ces seigneurs de la guerre-ci, empêcheront la réalisation du BJE, pour protéger leur affaires et autres intérêts particuliers dans leur territoires respectifs. La mise en place du BJE serait une menace pour ces gens. Avec le MOA, le BJE restaurerait la souveraineté du peuple Bangsamoro sur leurs domaines ancestaux. Les intérêts catégoriels des politiciens Moros traditionnels seront utilisés pour promouvoir des conflits entre le MILF et les élites Bangsamoros.

Aspirations des Bangsamoros contre aspiratiobns de GMA à la survie

On ne peut que se féliciter des gains du MILF ( le front de liberation islamic moro) à ce niveau des discussions et de voir pris en compte ses revendications à la table des négociations. Le Memorandum d’accord sur les domaines ancestraucx (MOA-AD) exprime efficacement les aspirations de toujours des Bangsamoros au droit à l’autodétermination et à la liberté.

Cependant, le droit à l’autodétermination est un droit collectif et intrinsèque d’un peuple sauvegardé par reconnu par des instruments internationaux. Ce droit intrinsèque n’est pas l’exclusivité des Bangsamoros mais de tous les peuples indigènes de Mindanao. Le MOA-AD a été récupéré par les peuples indigènes qui comme les Bangsamoros ont aussi leur droit à l’autodétermination et peuvent prétendre récupérer leur territoires ancestraux.

Ce droit des peuples indigènes doit aussi être respecté car ils ont eux aussi leur propre culture locale et identité et en tant que tel, ne doivent pouvoir exercer leurs droits sans être assimilés par les Bangsamoros.

La lutte des bangsamoros a reçu le soutien de nombreux défenseurs des droits de l’Homme, celle des peuples indigènes aussi a besoin de soutien. Une vraie paix à Mindanao ne pourra être obtenue si la nationalité minoritaire, celle des peuple indigènes, n’est pas reconnue et respectée, y compris dans le projet de BJE.

Des efforts sérieux auraient dû être fait pour la consultation et la prise de connaissance des contenus du MOA-AD auprès des différentes parties en présence pour asseoir et gagner l’accord des populations. Les gens auraient voulu connaître les mesures qui affectent leur avenir et non comme aujourd’hui quand les contenus du MOA-AD leur sont imposés.

Maintenant, alors que le MILF est sincère quand il défend ses aspirations à la table des négociations, qu’en est-il en face avec l’adminsitration de GMA ? Cette dernière a-t-elle la sincérité et la capacité d’arriver à la conclusion de la négociation, incarnée dans le MA-AD ?

L’impasse dans les discussions MILF-GRP ont tellement traîné en longueur et le gouvernement a adopté une position d’un pas en avant, un pas en arrière. Les représentant du GRP n’avaient pas un clair mandat pour avancer dans les discussions et devaient toujours en référer à leurs supérieurs pour prendre une décision. C’est très surprenant cet intérêt soudain à conclure dans la hâte. S’il n’avait pas été inclus dans le discours sur l’état de la Nation, le MOA-AD n’aurait pas été ratifié.

Dans le MOA-AD, le principal du Bangsamoro Juridical Entity, c’est la région autonome (ARMM) qui résulte de la loi de la République ( Républic Act 9054) -une loi amendant la loi qui a créé la région autonome des musulmans de Mindanao). La région s’aggrandira par un référendum d’ici 12 mois après la signature du MOA. Les zones succeptibles de faire partie de l’augmentation du territoire sont celles qui ont déjà refusé de faire partie de la ARMM lors du précédent référendum.

L’établissement de L’Entité Juridique Bangsamoro, malgré l’insistance du MILF lors des négociations pour qu’elle ne soit pas soumise à la constitution des Philippines, demande un amendement constitutionnel pour être réalisée. Une autre option c’est que le MILF signe un traité avec le gouvernement , suivi d’un référendum supervisé par l’ONU. Mais y compris comme cela, il faudra amender la constitution.

Quatre ans après les élections de 2004, GMA est toujours hantée par la question de la légitimité de son élection. Son équipe arrive à sa fin et les options pour assurer sa transition se réduisent, la négociation entre GRP et MILF pouraient constituer une manière de se maintenir au pouvoir. Ce serait en utilisant la situation, et bien sûr ni pour ses efforts à résoudre un conflit séculaire à Mindanao, ni pour intéger les Bangsamoros.

L’histoire nous a enseigné que la seule personne à laquelle GMA confère de la sincérité c’est elle-même. Daans l’enjeu des négociations de paix avec le MILF, elle avait une solution gagnant-gagnant. Dans le cas où le TRO contre le MOA-AD serait rendu permanent par le tribunal suprême ou qu’il serait suspendu et finalement signé, GMA en aurait retiré quelque chose.

Dans les deux cas de figures, que le TRO soit permanent contre le MOA,elle s’en lave les mains et blame le pouvoir judiciaire et si le TRO est levé et la signature en route, la révision constitutionnelle avance aussi et elle se sert du BJE comme passeport vers elle.

Ce qui est récemment arrivé avec le TRO contre le MOA, la comparution orale fut repoussée au 22 août 2008. C’est car le bureau de l’avocat général n’étai pas vraiment prêt prétextant un manque de documents.

Pendant que l’adminsitration de GMA cachait subtilement sa vraie raison de modification constitutionnelle de la forme du gouvernement, à présent elle milite à fond pour un Etat Fédéral comme réponse à la demande de paix à Mindanao, déclarant que tous les systèmes ont une fin.

Elle s’est montée telle qu ’elle est à la population. Ce n’était pas la paix qu’elle voulait pour Mindanao. Elle se cramponne au pouvoir et essaie de durer jusqu’en 2010. Pas étonnant que le général Hermogenes ait été promu Secrétair de l’OPAPP. C’était pour s’assurer que le plan de GMA serait mis en place par la personne la plus compétente pour réprimer groupes insurgés et séparatistes comme le MILF

Face à cette fourberie du gouvernement, le MILF n’aura d’autre ressource que de faire la guerre. Une position délicate car il pourrait mener le MILF à être isolé. Cela aussi fait partie du plan du gouvernement. Ils savaient que c’était la réaction possible du MILF, donc ils le pousse à l’affrontement pour le discréditer. Ils pourraient être amenés pour profiter des combats et dela situation chaotique de déclarer l’Etat d’urgence pour contrôler la situation. Ils auraient ainsi les deux : le changement constitutionnel et l’accaparement du pouvoir après 2010.

Un projet de paix venant de la base

Construire la paix est un processus complexe et non juste une liste de tâches isolées comme désarmer, démobiliser, réintégrer les anciens combatants ; c’est un processus de longue haleine sur une longue période, il doit y avoir une manière de s’assurer que le processus est rendu possible par des politiques coherentes qui tentent de résoudre durablement les problèmes sur le terrain.

Ce qui arrive maintenant est juste une répétition. L’histoire nous enseigne que si les causes profondes des conflits ne sont pas résolus, alors les conflits armés et la violence sont inévitables. Chaque fois que le gouvernement philippin a employé la méthode de la victoire militaire, la pacification puis la démobilisation, il n’a juste fait que déplacer des milliers de civils (comme aujourd’hui) et les victimes en furent les femmes, les enfants et les vieux ; les soumettant à une grave insécurité.

Si tous les parties concernées, en particulier le gouvernement, étaient vraiment investies pour éviter le recours aux affrontements armés, le processus de paix serait institutuionnalisé pour consolider une participation démocraique sincère, pour faire des réformes sociales et économiques, pour favoriser la participation des minorités nationales à tous les niveaux de la société. Pour réaliser celà, le minimum de base c’est la transparence des intentions . L’objectif stratégique c’est la sécurité pour les êtres humaisn et le développement humain.

D’après le rapprot de la commission de l’ONU sur la Sécurité des Etres Humains, la sécurité des humains, consiste en protéger leurs libertés fondamentales. C’est à dire les protéger de menaces vitales, faire appel à leur aspirations. Cela consiste aussi créer des systèmes qui leur permettent de de vivre dans la dignité. La sécurité met en oeuvre différents types de libertés : ne plus être dans le besoin, ne plus avoir peur et pouvoir agir par soi-même ? ; Le réaliser il y a deux solutions : la protection ou la prise de pouvoir. La protection c’est empêcher le danger d’arriver. Il faut des efforts concertés, des institutions qui évitent les insécurités. La prise de pouvoir permet aux gens de développer leur potentiel et de devenir les participants des prises de décision. Protection et prise du pouvoir se renforcent mutuellement et les deux sont nécessaires dans la plupart des cas.


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