Appel de l’Université occupée de « La Sapienza » à Rome

Aux universités occupées, aux étudiantes et aux étudiants, aux précaires de la recherche

mardi 4 novembre 2008 par Antoine

« Nous ne payerons pas la crise ! », c’est avec ce mot d’ordre que depuis plusieurs semaines nous avons commencé les mobilisations à l’intérieur de l’Universitré « La Sapienza » de Rome. Un slogan simple et très clair : la crise globale est la crise du capitalisme lui-même, de la spéculation financière et immobilière, d’un système sans règles ni droits, de patrons d’entreprises sans scrupules. Cette crise ne peut pas retomber sur l’éducation, de l’école primaire à l’université, sur la santé, sur les contribuables en général.

Ce slogan est devenu célèbre, passant de bouche à oreille, de villes en villes. Des étudiants aux précaires, des salariés aux chercheurs, personne ne doit payer la crise, personne ne veut que l’on socialise les pertes dans un contexte où les richesses ont été accaparées depuis des années par une petite minorité.

C’est cette contagion qui se diffuse depuis des semaines, la mulitplication des mobilisations dans les écoles, dans les universités, dans les villes, qui provoque la peur de ceux d’en haut. On sait que lorsqu’un chien est effrayé, il mord. La réaction du président du conseil Berlusconi ne s’est pas faite attendre en envoyant la police dans les universités et les écoles occupées afin « d’éradiquer la violence dans le pays ».

Hier encore, Berlusconi avait déclaré qu’il voulait augmenter les aides aux banques et faire en sorte que l’Etat et les dépenses publiques soient en dernière instance les garants des prêts aux entreprises. En d’autres termes ; réduction des budgets pour l’éducation, moins de ressources pour les étudiants, pour la santé, mais plus d’argent pour les entreprises, pour les banques, pour les capitalistes.

Nous nous posons donc la question : où est la véritable violence ? Est-ce violent d’occuper une université ou est-ce au contraire violent qu’un gouvernement impose la Loi 133 et le Décret Gelmini sans débat parlementaire ? Est-ce la dissidence qui est violente ou au contraire ceux qui veulent l’écraser avec la police ? Est-ce un violent celui qui se mobilise en défense de l’université et de l’école publique ou est-ce ceux qui ont l’intention de les éliminer afin de favoriser les intérêts économiques d’une minorité ?

La violence est du côté du gouvernement Berlusconi ; à l’opposé, dans les universités et dans les écoles occupées, c’est la joie et l’indignation de ceux qui luttent pour leur avenir, de ceux qui n’acceptent pas d’être mis dos au mur ou réduits à se taire, de ceux qui veulent être libres.

Ils nous ont dit que nous ne faisons que dire non, que nous n’avons aucune proposition. Rien de plus faux ; ces occupations et assemblées de ces derniers jours sont en train de construire une nouvelle université, une université faite de connaissances, mais aussi de sociabilité, de culture mais aussi d’information et de conscience. Etudier est pour nous indispensable, c’est pour cela que nous considérons la protestation comme indispensable : occuper pour faire en sorte que l’université publique vive, se mettre en dissidence pour pouvoir continuer à étudier et à rechercher.

Beaucoup de choses sont à changer à l’université et à l’école, mais ce qui est certain, c’est que ces changements ne peuvent pas avoir lieu avec un sous financement. Changer l’université signifie d’augmenter ses ressources, de soutenir la recherche, de qualifier les processus de formation, de garantir la mobilité (des études à la recherche et au doctorat). Au contraire, le sous financement n’a qu’un seul objectif ; transformer les universités en fondations privées, décréter la fin de l’université publique.

Le plan est limpide, ses instruments également : la Loi 133 a été approuvée pendant le mois d’août et face aux protestations de dizaines de milliers d’étudiants, on appelle la police. Ce gouvernement veut détruire la démocratie par la peur, par la terreur. Mais aujourd’hui, depuis « La Sapienza » mobilisée et à partir de toutes les universités occupées, nous affirmons que nous n’avons pas peur et que nous ne reculerons pas. Au contraire même, notre intention est de faire reculer ce gouvernement ; nous ne cesserons pas la lutte tant que le Loi 133 et le décret Gelmini ne seront pas retirés ! Et cette fois-ci nous irons jusqu’au bout, nous ne voulons pas perdre, nous ne voulons pas baisser la tête face à tant d’arrogance. C’est pour cela que nous invitons toutes les universités occupées du pays à faire de même : ils veulent attaquer les occupations ? Alors occupons mille autres écoles et universités !

De plus, après l’extraordinaire succès de la grève et des manifestations du 17 octobre appelées par les syndicats de base, nous pensons qu’est arrivé le moment le donner une réponse unitaire et coordonnée sur les places de nos villes. Nous proposons de concrétiser deux rendez-vous nationaux : le vendredi 7 novembre pour une journée de mobilisations et de manifestations dans toutes les villes ; et le vendredi 14 novembre à Rome pour une grande manifestation nationale du monde de l’éducation, des écoles jusqu’aux universités, le même jour où les confédérations syndicales ont appelé à une grève. (...)

Ce qui se passe depuis plusieurs jours est l’expression d’une mobilisation extraordinaire, puissante, riche. Une nouvelle vague, une vague anormale qui n’a aucune intention de s’arrêter et qui veut au contraire gagner. Faisons grandir cette vague, faisons grandir l’envie de gagner ! Ils pensent que nous sommes des idiots résignés, mais nous sommes intelligents et actifs et notre vague ira très loin !

Université occupée de « La Sapienza » à Rome, le 22 octobre 2008

Traduction pour : www.lcr-lagauche.be


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